Pour une transition écologique de l’économie

foretNous devons prendre conscience que nous traversons présentement une période charnière. La financiarisation de l’économie et sa recherche obsessive du profit à court terme pour le bénéfice d’actionnaires toujours plus gourmands nous a conduits au bord de ce que plusieurs considèrent comme un précipice. Un peu partout, aussi bien ici que sur le reste de la planète, sonnent des alarmes qu’il n’est plus permis de ne pas entendre.

Des pays se retrouvent sous respiration artificielle, comme c’est le cas en Grèce et en Italie. D’autres, comme l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas, vacillent sous le poids de dettes écrasantes.

Des milliers d’entreprises manufacturières ferment ou sont délocalisées, entraînant d’importantes pertes d’emplois. Depuis une dizaine d’années, 150 000 emplois manufacturiers ont été perdus au Québec. Les travailleurs étant devenus taillables et corvéables à merci, comme on le disait des serfs au Moyen Âge, les employeurs en profitent, avec trop souvent la complicité des gouvernements.

Tout cela nous assaille, nous interpelle. Nous savons qu’il ne suffit pas de le déplorer. Nous savons surtout qu’il nous faut continuer à agir au niveau de ce qui nous est accessible. Ces pertes d’emplois, souvent partis ailleurs, affaiblissent les régions. La Caisse d’économie solidaire, en soutenant des projets sur tout le territoire québécois, agit dans le sens de l’appropriation de nos ressources.

Nous avons organisé un Forum international le 17 octobre sur le thème : On change de modèle ! Plus de 200 personnes y ont participé. Le principal message qui en est ressorti peut se résumer ainsi : les acteurs de l’économie sociale et solidaire doivent assumer leur responsabilité politique, qui consiste à porter sur la place publique les enjeux de cette économie et d’en débattre, convaincus de contribuer au mieux vivre en société.

Les Rencontres du Mont-Blanc, auxquelles nous avons participé en novembre, se sont inscrites dans la même mouvance : il faut développer une économie verte qui soit autre chose que de faire de l’argent avec l’environnement. Il est question ici d’un nouveau modèle de développement qui intègre l’économique, le social et l’environnemental et s’inscrit dans la durée : le développement durable.

Dans quelques mois se tiendra un rassemblement planétaire à Rio, vingt ans après le premier tenu en 1992. Là encore, les questions lancinantes qui ne cessent d’être posées le seront dans la perspective d’une mobilisation de l’économie sociale et solidaire pour que soit négociée cette nécessaire
transition écologique de l’économie. Une prise en compte du développement durable par les entreprises coopératives et associatives est indispensable dans la poursuite de ces objectifs.

Nous ne partons pas de zéro. La Caisse d’économie solidaire a su développer avec le temps des outils qui nous permettent d’avoir une prise sur le réel. Nous contribuons à équiper les régions de moyens pour assurer un développement collectif, comme dans le village de Saint-Camille. Nous soutenons l’ancrage territorial d’entreprises de l’économie sociale, dans les coopératives funéraires par exemple.

L’Année internationale des coopératives nous rappelle combien il est important de contrôler nous-mêmes nos outils pour ne pas se laisser déposséder de nos richesses. Les transferts d’entreprises vont se multiplier. Nous devrons être alertes à cet égard. L’ancrage territorial est capital à tous points de vue.

Nous soumettons deux propositions à l’assemblée. Elles veulent assurer à notre collectivité une plus grande emprise sur son avenir. Nous croyons que la propriété des biens communs comme l’eau, la terre, les ressources naturelles doit être liée au territoire, le capital local devant avoir une prise sur cette propriété. Nous proposons aussi de fournir à nos membres un Tableau de bord en développement durable, un outil d’évaluation de la performance intégrant non seulement les apports économiques mais aussi les plus-values sociales et environnementales.

Gérald Larose, président
Paul Ouellet, coordonateur général