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Allier l'investissement et la protection de la planète et des humains

10 novembre 2009

Par Colette Harvey, conseillère principale en finance socialement responsable, planificatrice financière et représentante en épargne collective pour Desjardins, Cabinet des services financiers inc.

Le 4 novembre dernier, la Caisse d’économie solidaire Desjardins s’est ralliée aux nombreuses institutions signataires des Principes pour l’investissement responsable (PRI). Cette initiative mondiale qui est soutenue par l’Organisation des Nations Unies regroupe des investisseurs institutionnels tels que les grandes caisses de retraite, dont le Fonds de retraite des employés de la ville de New York, et d’autres organisations comme le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises. Ces groupes croient fermement que, en plus de sa bonne gouvernance, la préservation de l’environnement et les pratiques d’équité sociale d’une entreprise peuvent influer à long terme sur le rendement d’un portefeuille d’investissement. Ces préoccupations, souvent désignées par l’acronyme ESG (pour environnement, société et gouvernance), figurent depuis plusieurs années au nombre des principaux enjeux sociaux.

La petite histoire des PRI
L’idée des Principes pour l’investissement responsable a germé en 2005 dans l'esprit du secrétaire général des Nations Unies de l’époque, Kofi Annan. Pendant son mandat, Kofi Annan a fait remarquer que dans le domaine des pratiques financières au sens large, et plus particulièrement dans le domaine de l’investissement, on ne tenait pas suffisamment compte des considérations environnementales, sociales et de gouvernance d’entreprise. Or, ces aspects constituent les fondements du développement durable.
 
En 2006, un premier groupe de travail a réuni 20 investisseurs institutionnels provenant de 12 pays. Soutenus par 70 experts du milieu du placement, des organisations intergouvernementales et non gouvernementales, des universités et des pouvoirs publics, le groupe de travail a formulé les six grands principes pour l’investissement responsable.

À la Bourse de New York, en avril 2006, 24 investisseurs institutionnels de tous les continents ont signé les six principes formulés par les Nations Unies, s’engageant ainsi à promouvoir l’investissement socialement responsable. Au Canada, la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Régime de pension du Canada et Bâtirente faisaient partie du premier groupe de signataires.

Il s’agissait là d’une petite révolution, car à l’époque c’est près de 4 000 milliards $ de dollars américains que ces investisseurs géraient ensemble. Trois ans plus tard, l’adhésion aux PRI est impressionnante. En 2009, ce sont plus de 600 investisseurs institutionnels, gestionnaires de grandes caisses de retraite et des organisations partenaires, comme la Caisse d’économie solidaire Desjardins, qui ont adhéré aux PRI. Ensemble, ils détiennent plus de 18 billions de dollars américains, soit la valeur de 63 budgets annuels de dépenses du gouvernement canadien.

On a une petite idée de la puissance du levier financier quand on songe que ces actionnaires ont non seulement le pouvoir d’intégrer à leurs analyses d’investissement des questions telles que les enjeux environnementaux et sociaux ainsi que la bonne gouvernance, mais aussi l’autorité nécessaire pour interpeller à ce sujet les dirigeants d’entreprises cotées en Bourse.

C’est ainsi qu’on voit régulièrement les grands investisseurs comme les dirigeants de caisses de retraite ou de fonds socialement responsables inciter les entreprises dont ils sont actionnaires à s’engager davantage dans une logique de développement durable. Ils discutent des changements climatiques, des droits des populations autochtones et de la rémunération des hauts dirigeants. Même si les débats incluent une valse de négociations et que les effets ne se font pas sentir immédiatement, la pression continue de s’exercer. On est ainsi en droit d’espérer en arriver à une plus grande transparence des mécanismes de gestion et à une meilleure connexion entre la finance et l’économie réelle.

Le mouvement de l’investissement socialement responsable aura une envergure encore plus considérable en tant qu’instrument de changement lorsqu’on gérera l’argent avec une vision à plus long terme et que les investisseurs parviendront à s’affranchir de l’obsession du profit à court terme, trimestriel ou semestriel.

Les Principes pour l’investissement responsable
Les six Principes pour l’investissement responsable constituent un cadre de travail qui permet aux signataires de progresser et d’entreprendre des actions concrètes. Le but premier est l’innovation, la collaboration et l’apprentissage par la pratique. Chaque adhérent a donc la possibilité de franchir graduellement des étapes, d’adapter les actions possibles à son secteur d’activités. Afin d’assurer la crédibilité des PRI, on exige que les adhérents soumettent une évaluation annuelle des façons dont ils appliquent les six principes contenus dans la déclaration. Ce rapport permet d’évaluer la performance des signataires et de mesurer son évolution.

Et la Caisse?
La Caisse d’économie solidaire Desjardins ne possède pas d’actions cotées en Bourse, mais par son adhésion aux PRI, elle souhaite renforcer sa mission et donner du pouvoir à l’argent de ses membres. En tant que principale institution financière en économie sociale qui offre des produits d'investissement socialement responsable (ISR), elle pourra offrir une information de première main sur l’évolution des grands investisseurs institutionnels. Elle considère que plus ses membres seront bien renseignés sur l’ISR, son fonctionnement et ses résultats, plus ils seront en mesure de faire des choix judicieux qui permettront d’allier l’investissement et la protection de la planète et des humains.

L’énoncé des six Principes pour l’investissement responsable
  1. Nous prendrons en compte les questions environnementales, sociales et de gouvernance d’entreprise (ESG) dans les processus d’analyse et de décision en matière d’investissements avec nos membres.
  2. Nous serons des partenaires financiers actifs et nous prendrons en compte les questions ESG dans nos politiques et pratiques de financement.
  3. Nous demanderons aux investisseurs institutionnels qui présentent des résolutions d’actionnaires et que nous soutenons de publier des informations appropriées sur les questions ESG.
  4. Nous favoriserons l’acceptation et l’application des Principes auprès des acteurs de la gestion d’actifs.
  5. Nous travaillerons ensemble pour accroître notre efficacité dans l’application des Principes.
  6. Nous rendrons compte individuellement de nos activités et de nos progrès dans l’application des Principes.