Du nucléaire dans mes REER?
26 mai 2011Par Colette Harvey, conseillère en finance socialement responsable à la Caisse d'économie solidaire, planificatrice financière et représentante en épargne collective pour Desjardins Cabinet de services financiers
Déjà trois mois qu’un gigantesque tsunami et un fort séisme ont endommagé la centrale de Fukushima au Japon. Depuis, nous continuons d’être hantés par ce drame humain et environnemental qui suscite un questionnement à l’échelle planétaire sur la pertinence de l’industrie nucléaire.
Si l’accident n’a pas dévasté notre cour, il s’est à tout le moins produit dans le grand jardin mondial. Difficile d’exclure à jamais d’éventuels répercussions sur la qualité de l`air, de l`eau ou dans la chaîne alimentaire
Vous pouvez être favorable, préoccupé, indécis, indifférent ou carrément hostile au nucléaire. Si votre opposition l’emporte et que vous avez des placements dans une grande banque ou à la Bourse, il est légitime de vous interroger : ma banque finance-t-elle un joueur canadien de l’énergie nucléaire ou mes fonds de placements contiennent-ils des entreprises actives dans le nucléaire ?
Pas moins de 150 entreprises canadiennes composent la filière nucléaire mais elles ont différents degrés d’implication. Certaines fabriquent des composantes, exploitent des centrales, d’autres offrent des services d’entretien ou sont simplement des associations comme la Commission canadienne de sûreté nucléaire. On retrouve entre autres choses Cameco, Uranium One, Siemens Westinghouse, SNC Lavallin et MDS Nordion. Sur le marché américain, General Electric est un joueur d’importance dans la fabrication des réacteurs nucléaires. Ses activités s’étendent à plusieurs domaines dont celui de l’équipement médical.
La majorité des fonds de placement socialement responsables ont des politiques d’exclusion du domaine nucléaire. Ces fonds, disponibles auprès des institutions financières ou des courtiers indépendants, vous permettent d’investir à la Bourse tout en intégrant des analyses d’enjeux sociaux, environnementaux et de bonne gouvernance. Lorsqu’une telle politique existe, les principaux secteurs d’activités exclus sont le tabac, l’armement et le nucléaire.
Pourquoi exclure le nucléaire?
Les gestionnaires de ces fonds prennent une telle décision en raison du potentiel de dommage irréversible à l’environnement et à l’espèce humaine. Un fonds qui pratique le tamisage de secteurs d’activités doit l’inscrire dans sa politique d’investissement responsable. L`exclusion ne doit pas être le fruit du hasard, mais être encadrée. Cette politique est disponible sur les sites des compagnies ou dans les documents de promotion de ces fonds.
Comment exclut-on le nucléaire?
Se livrer à cet exercice exige une réflexion plus subtile que de prendre une liste et d’y cocher oui ou non. Déjà, il faut considérer les sociétés qui n’appartiennent pas au secteur nucléaire mais qui détiennent d’autres entreprises qui en font partie. Il faut aussi tenir compte qu’une compagnie peut vendre des composantes de toutes sortes dont seulement une infime partie est destinée au secteur nucléaire. Généralement, les comités d’analyse des firmes tolèrent qu’un seuil maximal de 10 % du chiffre d’affaires provienne du secteur d’exclusion mais dans la pratique on va rarement au-delà de 5 %.
La réflexion se complexifie lorsqu’il faut choisir de conserver dans le portefeuille une entreprise qui fabrique de l’équipement médical. Par exemple, MDS Nordion produit des isotopes pour détecter et traiter le cancer. Dans ce cas, l’établissement serait accepté si la politique qui encadre les pratiques d`exclusion prévoit l`utilisation du nucléaire pour des raisons de santé. Et que dire d`une entreprise qui fabriquerait du matériel pour décontaminer les sites nucléaires ? J’aurais tendance à dire « vite on l’accepte ! » Comme vous le constatez, une politique d`exclusion doit être réévaluée selon l`évolution des technologies et de l’industrie.
Alors quels fonds excluent le nucléaire?
Il y en a six parmi ceux qui sont offerts au Québec. Nous vous les présentons dans un ordre chronologique. Placements NEI se nommait Ethical Funds jusqu’à sa récente acquisition par Desjardins et des Credit Unions. Les Portefeuilles SociéTerre Desjardins sont composés de ces fonds. Desjardins environnement est offert depuis 1990. Vancity de Vancouver propose IA Clarington auparavant connu sous l’appellation Inhance. Investors présente Mackenzie occasion d’investissement durable. Acuity valeurs sociales se trouve sous la bannière AGF, Toronto. RBC Jantzi apparaît sur l’indice du même nom de Toronto. L’indice Jantzi Social Index est composé de 60 compagnies canadiennes sélectionnées parmi tous les secteurs d’activité à l’exception du tabac, du nucléaire et de l’armement.
Le numéro de février 2011 de Protégez-Vous sur les fonds éthiques présente une bonne analyse des exclusions et des particularités des fonds éthiques disponibles au Québec.
Par ailleurs, d’autres fonds n’ont pas choisi la technique de l’exclusion. C’est le cas d’un des fonds d’Acuity, soit Acuity environnement sain. Ce dernier investit spécialement dans des entreprises qui offrent des solutions novatrices pour une meilleure gestion de l’eau, de l’air, des déchets, des gaz à effet de serre ainsi que de la santé et sécurité.
Toutes sortes de considérations peuvent être prises en compte pour retrancher ou non un secteur, aussi controversé soit-il. Prenons l’exemple de la dépendance énergétique de la France qui tire 74 % de son énergie de la production nucléaire comparativement à 14 % au Canada et moins de 5 % au Québec. Le consensus social peut donc être différent d’une région à l’autre de la planète ou dans un même pays. C’est pourquoi un fonds peut exclure l’alcool et la pornographie, mais pas le nucléaire.
Le tamisage, dans l’univers des fonds de placement, est la technique la plus facile pour tenir compte des enjeux sociaux et environnementaux. Les autres techniques sont encore plus complexes. Comme quoi, la vertu ne s’acquiert pas facilement !
Si vous êtes intéressé à en savoir plus à ce sujet, inscrivez-vous dès maintenant à la conférence du 25 mai prochain de Colette Harvey, conseillère en finance solidaire et planificatrice financière à la Caisse !
Écoutez la chronique radio, l'Argent du changement :
- épisode 1 : Du nucléaire dans mes REER
- épisode 3 : La finance responsable : 20% de la patinoire !






