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Investissement responsable

Caisse d'économie solidaire - La «banque» du «rendement social»

30 mai 2011

Le Devoir
Finances, samedi 28 mai 2011, p. H6


Thierry Haroun

Les principes directeurs de la Caisse d'économie solidaire Desjardins reposent, depuis sa fondation il y a une quarantaine d'années, sur une ferme volonté de contribuer à la construction d'une société plus juste et plus solidaire, c'est-à-dire une société qui prend le parti de l'emploi, du partage, de l'entraide et du développement durable. Entretien avec son directeur général, Paul Ouellet.

«La mission de la Caisse d'économie solidaire Desjardins, c'est essentiellement de recueillir de l'épargne et des placements afin que cela serve de levier en vue de financer des projets collectifs au service de la collectivité dans différents domaines, tels que l'habitation, la culture et l'insertion en emploi. Et de financer notamment des entreprises coopératives et des associations à but non lucratif qui portent des projets à caractère économique, social et écologique», lance d'entrée de jeu Paul Ouellet.

Mission possible

Est-ce un modèle qui a fait ses preuves? «Eh oui! Ça fonctionne même très bien. Cette mission qu'on s'est donnée au départ est accompagnée d'un mouvement très large sur le plan de développement social et solidaire au Québec. La caisse ne peut pas bien sûr prétendre être l'instigatrice de tous les projets, elle est une accompagnatrice des projets. En ce sens, elle facilite l'accès au crédit pour permettre à des gens de réaliser leurs rêves, lesquels naissent dans les quartiers, les villages et les régions du Québec», rappelle M. Ouellet.

«Au fond, ajoute-t-il, pour la caisse, l'économie est plurielle, c'est-à-dire qu'elle est l'addition de l'économie privée, de l'économie publique et de l'économie sociale. Elle est porteuse de deux grands courants, soit le monde coopératif et le monde associatif. Et, chez nous, on parle de finance socialement responsable.» C'est-à-dire? «On offre ce qu'on appelle du "rendement social", qui a des finalités sociales, culturelles et écologiques.»

Des chiffres et des lettres

À titre d'exemple, il précise que, au Canada, 5 % de l'ensemble de l'encours des fonds de placements se trouvent dans des placements éthiques, tandis que ce taux atteint 32 % à la Caisse d'économie solidaire Desjardins, en date de décembre 2010. Un secteur qui croît de 10 % par année depuis trois ans, fait-il remarquer. De plus, 75 % du volume de financement de la Caisse est dirigé vers des projets à caractère collectif.

La caisse constitue un carrefour où se croisent plus de

13 000 membres. En 2010, la caisse a mis à la disposition de ses 2463 coopératives et organisations à but non lucratif plus de 266 millions de dollars en nouveaux crédits. Cette somme a servi à financer 155 projets ancrés dans leur milieu, et ce, à l'échelle de la province. En voici quelques exemples.

La caisse a prêté 4,9 millions de dollars à la compagnie de création La Manufacture pour agrandir et rajeunir son espace théâtral, le Théâtre La Licorne. Elle a financé à hauteur de un million de dollars la nouvelle maison de Santropol Roulant, l'une des plus importantes popotes roulantes de Montréal. Elle est aussi venue en appui à la Coopérative de travailleurs d'ambulance de l'Estrie. Elle a de plus assuré le financement de 4,8 millions de dollars dans le cadre d'un projet d'une valeur totale de 5,2 millions, qui consiste essentiellement à rénover les 35 bâtiments du Camp musical Saint-Alexandre.

Quoi d'autre? La caisse a participé activement à l'édification du nouveau bâtiment vert d'Équiterre en finançant sa construction à hauteur de 12 millions de dollars, tient à rappeler Paul Ouellet. «C'est un bâtiment qui sera un phare sur le plan du développement durable. Il sera situé au coeur du Quartier des spectacles de Montréal. Son inauguration devrait avoir lieu cet automne. Ce bâtiment de cinq étages regroupera beaucoup d'organisations à vocation culturelle, sociale et écologique. Il est déjà en construction. Par ailleurs, la caisse a été associée à la gestation de ce projet-là, cela remonte à cinq ou six ans. En cela, j'ajouterais que l'une des caractéristiques de la caisse, c'est de recevoir de tels projets, qui sont au départ de l'ordre du rêve, pour ensuite orienter ces gens, qui ont un rêve à réaliser, les guider et les référer à d'autres organisations dans le cadre du montage de leur projet.»

On notera également un appui financier de la caisse de plus de cinq millions de dollars qui a permis à l'École de cirque de Québec de rénover ses locaux situés dans une église. «On a en effet accompagné ce beau projet. L'école de cirque loge dans une ancienne église située dans le quartier Limoilou, dans la 2e Avenue. C'est un projet exemplaire sur le plan de la récupération du patrimoine religieux», juge M. Ouellet.

Et demain ?

Quels sont les projets d'avenir de la caisse? «On va poursuivre nos engagements et nos grandes missions à l'échelle des projets coopératifs. Vous savez, il y a une partie du monde financier qui n'a pour seul but que le rendement spéculatif. Alors que nous, on fait le pari que la finance doit d'abord être au service de l'économie réelle, celle qui crée des emplois, celle qui répond aux besoins sociaux, culturels et écologiques», conclut M. Ouellet.

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Collaborateur du Devoir