Angus a 15 ans
Un Québec associatif: un trio de premier plan de l'économie sociale québécoise
01 février 2010
Ce texte a été publié le samedi 30 janvier 2010 en p. g6 dans un cahier spécial du Devoir
Réginald Harvey
Un trio de premier plan de l'économie sociale québécoise s'est aligné avec la Société de développement Angus pour la réalisation de son plan de match. La Caisse d'économie solidaire Desjardins, Filacton et Fondaction se sont lancés dans la mêlée et ont largement contribué au succès de l'équipe Angus.
Paul Ouellet occupe les fonctions de coordonnateur général de la Caisse d'économie solidaire Desjardins, dont il trace fièrement ce portrait enviable: «C'est le principal établissement financier de l'économie sociale et solidaire québécoise. Au 31 décembre dernier, on avait 450 millions de dollars de prêts dans des projets réalisés par des coopératives, des organismes à but non lucratif (OBNL) et un certain nombre d'entreprises privées. Il y a 2 400 entreprises collectives qui sont membre de la caisse. Comme établissement financier, si on additionne l'épargne, le placement et le prêt, tout le volume d'affaires atteint le milliard de dollars dans cette forme d'économie.»
Il résume le mandat en quelques mots: «On est au fond la caisse Desjardins spécialisée dans le financement de projets collectifs développés par des coopératives et par des OBNL. On réunit les réseaux syndical, coopératif et culturel, de même que plusieurs autres associations.»
M. Ouellet rapporte comment cet établissement s'est engagé dans le projet Angus: «On a été les premiers à être associés à son développement, parce qu'il y avait finalement des valeurs de base qui nous réunissaient; l'une de celles-ci relève de la démocratie, dans le sens où on croit dans la capacité des personnes et des milieux à se prendre en charge. On leur fournit du financement et de l'accompagnement pour y arriver. Et, au début, Angus, c'était cela; on retrouvait des gens qui voulaient relever le défi de l'emploi, de la revitalisation d'un site et du développement local. Il allait comme de soi que la caisse participe à une telle démarche.»
«Nous sommes comme trois banquiers dans un, fait valoir Paul Ouellet. Nous sommes le banquier des rêves, le banquier des partenariats et le banquier du développement des réalisations concrètes.» À ce titre, il cerne les interventions de la caisse sur les terrains Angus: «On a d'abord financé plusieurs projets immobiliers. On est aussi intervenu auprès de plusieurs organismes d'économie sociale qui sont sur le site, car ceux-ci font partie de nos membres; parmi eux, il y a notamment le Centre de la petite enfance, le restaurant La Part du chef et le groupe de réinsertion en emploi Insertech. De ce point de vue-là, on a soutenu l'enrichissement du projet.»
Le coordonnateur présente la contribution de la caisse sous un autre angle: «On collabore également parce qu'on partage avec Angus une même vision du développement durable. On a formé des partenariats pour contribuer à la mise en place de la gestion des déchets résiduels et du transport en commun à Angus.»
Filaction
Joël Lebossé est directeur général de Filaction: «Nous sommes un organisme à but non lucratif, tout comme Angus, qui a une mission de développement et non de profit. On a été créé à l'initiative de Fondaction, qui est encadré par une loi spéciale qui l'oblige à rechercher tout de même la productivité de l'argent qu'il utilise. On a donc mis sur pied Filaction pour répondre à de plus petits projets; on intervient pour des investissements d'à peine 25 000 $ et on se rend généralement autour de 500 000 $ ou parfois davantage.»
Le partenariat avec Angus a été tissé sur la base de valeurs communes: «Je pense qu'on partage la même philosophie et la même culture quant au développement des communautés, à la revitalisation des milieux, à la création d'emplois et aux lieux des emplois, qui ne sont pas seulement des endroits où on travaille mais où on vit également. Nous, on fait du capital de risque avec toutes les initiatives qui ont des visions de développement local, de développement de leur communauté.»
Filaction a participé à plusieurs projets sur les terrains Angus. Et le partenariat continue de prendre forme: «On est en train de travailler ensemble sur le développement d'une offre de produit financier pour les projets culturels de la SDA, en voie d'élaboration dans la partie hors site.»
Fondaction
Le fonds de travailleurs de la CSN se présente comme un autre des partenaires en économie sociale de la Société de développement Angus (SDA). Son président, Léopold Beaulieu, en fournit la raison: «On est tenu par la loi de soutenir le développement de la PME québécoise. Il y a également trois dispositions particulières en vertu desquelles on doit se rendre disponibles aux entreprises inscrites dans des processus de gestion participative qui sont davantage soucieuses de leur environnement et du développement durable; on doit aussi fournir de l'aide aux sociétés d'économie sociale.» Il rapporte d'ailleurs que, dès la fermeture des usines Angus, qui étaient la propriété du Canadien Pacifique (CP), Marcel Pépin, ex-président de la CSN, s'était largement engagé dans un comité de revitalisation de ces espaces industriels.
Christian Yaccarini, actuel président-directeur général de la SDA, travaillait au même moment sur ce dossier: «On a alors suggéré la création d'un organisme à but non lucratif qui encadrerait et porterait ce projet en procédant à l'acquisition du site désaffecté et en le réalisant par étapes.» Au début, M. Yaccarini, qui était le directeur général de cette société naissante, cherchait à développer des partenariats: «Il a admirablement réussi par la composition de son conseil d'administration sous la présidence de Louis Roquet, un administrateur chevronné, qui a donné un apport majeur à la SDA avec ses collègues du conseil.»
Il revient à Fondaction, qui possède des traits communs avec la SDA : «D'abord, les deux organismes étaient jeunes et on partageait une même vision d'un développement durable combinant des objectifs de performance économique, sociale et écologique. On se retrouvait en face d'un projet audacieux parce que, avant ses débuts, le site n'était qu'un vaste terrain contaminé et meublé de bâtiments industriels abandonnés, de rails de chemin de fer et de conteneurs. Nous avons travaillé de manière très rigoureuse à réunir avec Angus les conditions de réussite d'un projet comme celui-là.»
Collaborateur du Devoir
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